Ci-git Black-Ebook

Chers amis bonjour,


Nous avons longtemps réfléchi sur ce que nous pouvions faire comme constat sur ces trois années de travail acharné sur Black-Ebook et — disons-le à présent — sur French-Ebook…


Nous avons retourné le problème sous tous les sens afin de trouver un moyen de nous rendre optimistes afin de réinjecter de la trésorerie dans notre petite start-up, mais malheureusement, inutile de tourner autour du pot, nous n’avons pas trouvé de solution qui nous paraît acceptable. Black-Ebook n’est pas rentable…


Et voici pourquoi, nous avons décidé son arrêt définitif :


  • - pour commencer à entrer dans une — petite — rentabilité, un éditeur de livres numériques doit éditer le plus possible. C’est-à-dire à peu près tout ce qu’il reçoit. Certains concurrents ont adopté cette option et propose un catalogue abondant qui s’enrichit chaque mois de plusieurs titres et ainsi, 4 ventes de l’un, 3 de l’autre finissent par laisser un espoir de gagner un peu d’argent. Pour nous, cette option n’était pas possible puisque nous avions décidé d’être des éditeurs et non une plateforme de mise en ligne de textes. Être éditeur, cela représentait d’abord un choix de texte, une relecture et des corrections les plus pointues possibles, la réalisation de couvertures les plus belles possibles et enfin les films publicitaires censés booster les sorties des titres. Pour être réalisés correctement chacun de ces travaux doit l’être en prenant le temps de la concentration et de la concertation. C’était cela notre conception et j’espère que nous n’aurons pas manqué à notre promesse. Si demain il fallait sortir des livres dont les manuscrits ont été corrigés à l’aide de logiciels, équipés de couvertures standard et sans l’utilisation du web-marketing, alors à quoi servirions-nous ? Un auteur peut tout à fait éditer seul ses livres dans ces conditions, nul besoin de confier à un tiers sa mise en ligne…


  • - Le prix semble être un frein à l’achat, nous l’avons constaté lors de nos fréquentes promotions. En effet, lorsque les prix baissent, les ventes reprennent mais insuffisamment et surtout, les droits d’auteurs fondent comme neige au soleil. En effet, l’autre tentative qui fut la nôtre était de proposer une rémunération la plus forte possible à l’auteur et sur la base d’un prix de 6,5 euros à un taux de 23%, la rémunération de l’auteur avoisinait — voire même dépassait — celle du format papier. Mais lorsque nous avons baissé le prix de vente lors des promotions, comme cet été en tentant de les vendre à 1,5 euros HT, la rémunération de l’auteur a chuté à 0,42 euros… Malheureusement, les ventes n’ont pas du tout été celles auxquelles nous nous attendions. Et combien faut-il vendre de livres à ce prix pour pouvoir signer un chèque digne de ce nom à l’auteur concerné ? Je ne vous cache pas que ce que vous pouvez ressentir comme frustration lors de la prise de connaissances des ventes, est multiplié par 15 pour nous et à chaque fois qu’un livre ne se vend pas, son échec nous est renvoyé en pleine tête.


  • - Comment supporter, alors que nous venons d’évoquer la nécessité de tirer les prix vers le bas, la hausse de la TVA exigée par l’UE ? Sans rémunération supplémentaire, nous devons augmenter les prix de 13%... soit 0,80 euros par titre ! Ce qui revient à tuer définitivement le livre numérique. Dans une autre perspective, si nous tenons compte d’un prix à 1,9 euros TTC, alors il resterait dans votre poche 0,38 euros… Soit 38 euros pour 100 livres vendus… Et, ce n’est pas facile de vendre 100 titres ! Seul Michel Rietsch est arrivé à dépasser ce chiffre en se plaçant à nouveau numéro 1 des ventes Numilog en été 2014.


  • - Être numéro 1 chez Numilog, c’est bien, mais ce n’est pas être numéro 1 des ventes cumulées. Nous avons pu nous rendre compte que les ventes de ce site — pourtant 4ème plateforme de vente d’ebooks en France — étaient à pondérer. En effet, nous avons eu comme concurrent un livre d’études marketing Le Mercator qui truste en permanence la première place des meilleures ventes Numilog. Et nous avons durant un certain temps joué avec ce titre en lui volant sa première place qu’il nous reprenait et vice versa… À deux reprises, puisque Michel a placé La Notation et L’Ange à la plus haute marche sur ce site. Peu de temps après le déclin du classement de L’Ange, un titre est venu se placer directement à la première place — détrônant à son tour Le Mercator — puis se faisant à nouveau dépasser par Le Mercator et vice versa… Comme L’Ange, sauf que le titre en question était Merci pour ce moment. Le triste best-seller de l’année. En conclusion, les ventes du Mercator étant stables, nous avons tout lieu de penser que les ventes de Trierweiller sur Numilog ont été quasi analogues à celles de Michel Rietsch…


  • - Et Numilog est un vendeur de livres numériques qui vend… Car, nous avons pu constater ce qu’étaient les ventes de plateformes comme Darty, Boulanger ou même Nolim-Carrefour en y plaçant plusieurs titres à la première place ou dans les 100 meilleures ventes. Ainsi, La notation s’est placée numéro 1 des ventes Darty avec 4 titres vendus… Chaos s’est retrouvé propulsé en tête des ventes de Boulanger avec 2 titres vendus… L’ange s’est vu propulsé dans les 5 meilleures ventes Carrefour avec 6 exemplaires vendus… Nous avons voulu connaître les dessous de ces chiffres en créant « sous anonymat » notre propre librairie : French-Ebook…


  • - Nous avons alors très vite compris d’où venait le problème, même si nous nous en doutions depuis le départ. Il est extrêmement difficile pour un libraire indépendant de vendre du livre électronique et ceci même si le site est hors du commun et French-ebook l’était puisqu’il présentait en plus, un magazine du livre numérique censé attirer le maximum d’internautes. Le magazine a bien marché, très bien même, mais pas les ventes : 288 euros de CA pour 2014… de CA… soit 57,6 euros de bénéfices bruts pour l’année… Auxquels il nous faut supprimer 7 euros de frais supplémentaires pour la plateforme de ventes alors que seuls 20% des ventes sont reversés au libraire, 14 euros d’impôts, il reste 36 euros pour payer les frais du site et les intervenants pour les critiques de livres… Soit, allons jusqu’au bout de la réflexion, 3 euros de bénéfices mensuels…


  • - Alors pourquoi ? La réponse est très simple. Ceux qui vendent des livres numériques sont ceux qui vendent des liseuses et le marché est tenu par le trio Amazon, Kobo et Apple… Et en effet, pourquoi, alors que l’on possède une liseuse Kobo ou Amazon, se faire suer à acheter un livre dans une autre librairie et devoir faire tout un tas de manipulations lourdes pour pouvoir le lire sur son matériel ? Pourquoi faire cela alors qu’en téléchargeant depuis sa tablette, le titre est lisible en quelques secondes sans le moindre souci ? Ainsi, les acheteurs de liseuses deviennent-ils captifs du fabricant de leur liseuse… Et pour revenir sur le trio Amazon-Kobo-Apple, il faut que vous sachiez qu’il s’agit de nos points de vente les moins rentables, à peine une dizaine de ventes mensuelles sur les trois plateformes confondues…


  • - Concernant le Kindle Unlimited qui est la possibilité pour les clients de souscrire un abonnement mensuel et de télécharger ce qu’ils veulent (un peu comme Netflix pour les films et séries), il apparaît que :


  • - Après analyse du contrat et premières négociations avec Amazon, notre distributeur conclut que Kindle Unlimited est un modèle très dangereux pour le livre.


  • - Au contraire de ce qu'Amazon veut faire croire, cela n'aura pas pour conséquence de créer un nouveau marché, mais plus certainement de cannibaliser les ventes.


  • - Là encore, une telle approche nous paraît être un piège et comment renégocier des droits d’auteur ? Sur quelles bases alors que seul 10 à 20 % du prix de vente est reversé à l’éditeur ? Une approche sur des cacahuètes que nous ne souhaitons pas envisager. Lorsque nous avions créé BE en 2012, nous avions reçu les félicitations de L’oie plate — L'Observatoire Indépendant de l'Édition Pour Les Auteurs Très Exigeants… Son créateur très remonté contre les éditeurs nous avait dit alors : « Vous allez montrer à tous les marchands du temple que l’on ne fait pas n’importe quoi avec le livre numérique, bravo ! ». Nous avions annoncé la naissance de BE comme une maison d’édition gérée par des auteurs pour des auteurs et nous avons toujours tenté de nous conformer à cette vision. La conjoncture actuelle et la tournure qui est en train de se produire sur le marché ne nous permettront plus de tenir cette idéologie…


  • - Pour terminer d’achever notre moral… Ce qui d’ailleurs nous a tenu dans un mutisme navrant, nous n’avons pas même répondu à ceux d’entre vous qui nous présentaient leurs vœux en janvier et mille excuses à eux, alors que nous pensions sortir un ouvrage sur le Djihad — un livre optimiste et qui aurait fait beaucoup de bien dans ces périodes troublées, ont eu lieu — comme vous le savez bien entendu — les attentats de Paris. L’auteur — dont nous ne citerons pas le nom — a commencé à craindre pour sa vie. Nous avons alors cherché le moyen de le couvrir jusqu’à sortir le livre sous un autre nom d’éditeur en plus de son anonymat. Malgré toutes ces précautions, il a fini par renoncer à publier son très beau livre… Quelle époque ! Lorsque, aujourd’hui, nous entendons des voix s’élever pour dire que l’acte qui a massacré l’équipe de Charlie Hebdo est inadmissible, mais que son contenu éditorial était une provocation, les bras nous en tombent… Et les citoyens juifs venus faire leurs courses Porte de Vincennes, y a-t-il un MAIS à faire suivre derrière la condamnation de leur exécution ? Nous n’avons plus même notre liberté éditoriale, nous sommes fatigués…


Que vous dire de plus chers amis ?


Nous sommes conscients bien entendu de l’écho de notre décision et nous en excusons par avance, mais croyez bien qu’après tous ces efforts, ce n’est pas de gaité de cœur que nous en arrivons là.


Voilà, il y aurait encore des pages et des pages à écrire sur les petits « trucs » qui nous ont découragés — la perte des sponsors de l’Incubateur à cause du Projet Voltaire, l’abandon de subventions pour les productions destinées aux écoles pour raison de crise, les critiques snobant l’ebook, Hachette bloquant la possibilité d’éditer des livres papier à la demande, bref… — mais je pense avoir dit l’essentiel.


Je tiens à vous remercier mille fois de votre confiance et vous souhaite le meilleur vent possible. Concernant nos auteurs, nous les remercions chaudement, leurs livres avaient été choisis parmi des centaines d’autres et notre exigence de qualité était haute et chacun des textes que nous avons édités relevait ce défi de la plus belle des manières. Qu’ils les fassent rééditer, ils en valent la peine. Le public ne les a pas boudés, ils ne se sont pas rencontrés, ce qui est très différent…


Bien à vous


Anne Humbert